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La Laque Vietnamienne
1. Quelques mots sur l'Histoire
La technique de la laque, avant de devenir une technique décorative, est avant tout une technique de protection des objets. Lisse et très résistante, c'est le matériau de revêtement idéal pour les objets du quotidien et le mobilier. Elle est utilisée en chine, dès la dynastie des Zhou (1066 - 221 av. JC). C'est surtout sous les Ming (1368 - 1644) que s'organisent les ateliers officiels de laque.
Au vietnam, à l'origine, le laque* est un art populaire et artisanal.
D'abord utilisée pour orner et dorer les tableaux et les statues des pagodes, la laque a trouvé, dans l'artisanat usuel une utilisation courante (paravents, coffres, plateaux, vases, échiquiers...).
L'enseignement de la technique de la laque a commencé vers 1930 à l'Ecole des Beaux-Arts de l'Indochine (fondée par le français Victor Tardieu assisté de Louis ? Inguimberti) à Hanoï. Désormais, les étudiants et les artistes ont su exploiter et développer la laque pour réaliser leurs tableaux.
Pendant de nombreuses années, ce procédé de travail de la laque a été gardé comme un secret national. Ce n'est que vers 1970, que des élèves étrangers ont pu apprendre cette technique à l'Ecole des Beaux-Arts de Hanoï.
2. Les matériaux
Le produit appelé "laque" est composé d'un suc laiteux, extrait du laquier (arbre de la famille des Anacardiacées) et de poudres minérales permettant de constituer les différentes couleurs. En rajoutant quelques produits naturels, ce lait se transforme en résine.
A l'origine, en chine, c'est la sève du laquier sauvage qui est utilisée. Il est très vite remplacé par le "Rhus verniflua" dont la sève est plus efficace.
Le laquier diffère en fonction du pays, au Vietnam, c’est le "cây son", un petit arbre des montagnes du nord, que l’on connaît sous le nom de Toxicodendron succedaneum (Latin : Rhus succedanea)


Pour extraire la sève du laquier, il faut entailler l'écorce de l'arbre et la recueillir dans des récipients adaptés. Au contact de l'air et de la lumière, la sève noircit. Avant qu'elle ne durcisse, il faut la clarifier et la purifier à l'aide d'un filtre ; on obtient alors une texture de couleur brune, à utiliser pure ou mélangée avec des pigments colorants.
Les résines et les couleurs
La résine crue, naturelle, de couleur brune, est directement extraite du laquier. Elle constitue la base essentielle du mélange des couleurs et est employée comme vernis.
La résine cuite, est obtenue à l'aide d'une spatule en fer. Elle est battue dans une poêle en fonte afin de produire une réaction chimique (oxydation), puis utilisée comme couleur noire.
Les autres couleurs sont principalement des poudres minérales, certaines sont mal adaptées à cause d'une oxydation toujours possible de la résine. Les gammes dominantes sont de couleur chaude. Les pigments les plus courants sont le rouge de cinabre (rouge), le sulfate de fer (noir), le sulfure d'arsenic (vert), l'oxyde de fer (brun) et le carbonate de plomb (blanc).
Le collage ou le saupoudrage de feuilles d'or et d'argent battues, de coquilles d'oeuf , de poudre de nacre, de coquillages sont également utilisés.
Le support : (en vietnamien: voc) est fabriqué par quelques artisans spécialisés. Il se compose d'une plaque de bois, recouverte de plusieurs couches de résines, mélangées avec de la sciure et du coton. Le support, ainsi fabriqué, doit résister aux différentes déformations éventuelles (température, humidité élevée). Après ponçage, ce support doit offrir un lissé parfait. Il est toujours de couleur noire, prêt à être peint.
3. La technique
Ce qui caractérise la technique de la laque, est l'application de plusieurs couches de couleurs, séchées dans l'humidité. Par la suite, grâce au ponçage, il est possible de faire apparaître différentes formes et couleurs. C'est à ce niveau, que le hasard et l'improvisation jouent un rôle, en donnant des effets imprévus. L'artiste, peut continuer à jouer de ces phénomènes en créant autant qu'il le souhaite. Ainsi, la laque constitue un champ immense de recherche et de création.
L'application des couches de couleur : Il est nécessaire de superposer plusieurs couches. Le séchage complet de la couche précédente (dans l'humidité) est indispensable, avant de procéder à l'application, après ponçage, de couches suivantes.
Le ponçage : les couches sont poncées de préférence sous un filet d'eau à l’aide d’un papier de verre.
L'incrustation : Les blancs sont obtenus, essentiellement, par l'incrustation de coquilles d'œufs en créant un blanc éclatant. On peut également utiliser des feuilles ou de poudres d'or ou d'argent comme sous-couches ou dernière couche, afin de donner un effet de grande luminosité au tableau.
La finition : Il est possible de donner une brillance supplémentaire en appliquant une couche de résine crue, comme un vernis, servant à la fois à protéger et à donner plus de profondeur au tableau. Le tableau peut aussi être laissé à l'état brut ou frotté et lissé avec la paume de la main selon le choix de l'artiste.
Aujourd'hui, chaque artiste peut utiliser les techniques modernes en jouant avec les procédés et les matériaux traditionnels. Comme tout art, le travail de la laque n'exclut aucune création et permet une grande spontanéité, toujours enthousiaste. Le temps consacré par l'artiste, plusieurs applications, séchage, ponçage, incrustations de matériaux naturels incomparables, la qualité du travail exigé, confèrent au laque un caractère "précieux" reconnu et estimé dans le monde entier.
(*) Le mot "laque" est utilisé au féminin lorsqu'il s'agit du produit, résidu du laquier, et au masculin lorsqu'il s'agit de l'oeuvre d'art.
















